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web side story Olivier Coulange - Reportages web side story

Portfolio

LE TEMPS D’UN « NEXT »




C’est un univers digital créé pas un "digital native” , ceux qui sont nés avec l’ordinateur, Internet et le numérique. Ils sont habitués à partager publiquement leurs données personnelles, à y exposer leurs vies, leurs photos sur Flikers, leurs vidéos sur youtube, leur musique sur last FM, leur actualité sur facebook, leur instantanéité sur twiter.

Dans la société contemporaine, l’exercice de la liberté est de plus en plus encadré, la place de l'homme de plus en plus objectivée en "producteur consommateur". Cependant, le besoin de risque, d’expériences nouvelles demeure, et toucher à l’interdit permet de vivre d’autres choses, de prolonger son existence autrement. Pour partager l'impartageable, ce qu’on ne peut pas faire sur facebook par exemple, la technologie de nouveaux sites (chateroulette, bazoocam etc…) offre une opportunité au service de ce désir et de notre envie de reconnaissance quelle qu’elle fut.
Un monde sans à priori racial ou social, mélangé au shaker. Un espace où toucher à l’interdit permet aussi de penser que l’on s’extirpe de notre uniformité. Quitter le monde trivial de notre réalité quotidienne, nous permettre de rêver à plusieurs ou au milieu de plusieurs, de fantasmer en réseau, espérer exister encore une fois et autrement dans le regard de l’autre

Un concept simple : connecter aléatoirement deux webcams localisées n’importe où dans le monde; Le tout sans modération. Derrière les caméras, les nouveaux héros du web : vous, moi, nous. À tout moment de la journée, ce sont une ou plusieurs personnes qui se préparent à « consommer de l’autre ». Immédiat éphémère, avec ou sans la complicité de cet « autre ». On se met en scène (avec ou sans costume), on regarde, on est regardé, on écoute, on est curieux. On se parle un peu, on sait que l’on ne reverra jamais la personne, que le risque de se faire prendre avoisine le zéro, et qu’au fond de soi, la perspective de provoquer une réaction émotionnelle (dégoût, rire, joie, ou colère) chez ses semblables peut faire jubiler.
On comprend un peu mieux l’hallucinogène technologique « l’exutoire » qu’il représente, et on next, next next… Un autre réel, une nouvelle forme de communication sociale, à la fois individuelle et collective, toujours plus exigeante dans son originalité, encore plus près du temps présent et déployé avec une vitesse extraordinaire à travers le monde

Ce travail sur le fond est une promenade dans cet autre espace public, pris comme lieu de reportage. Un monde impalpable, une flânerie hallucinante dans un quartier numérique du village global aux fenêtres ouvertes et aléatoires sur des visages. Des groupes, des solitudes, des phantasmes, des espoirs de rencontres, des curiosités, un univers « d êtres » virtuellement présent, découverts le « temps d un next ».

Sur la forme, c’est un travail sur le support du média utilisé, un travail non pas sur la compilation d’écrans de situation, mais sur l’esthétisme qui s’en dégage, sur le choix des cadrages proposés par les internautes, en intégrant ce qui en compose l’image numérique : la pixellisation, la trame, la mauvaise qualité des webcam.
Mon choix d’un temps de pose long permet d’avoir une écriture plus onirique en estompant les détails et ainsi exprimer l’étrangeté que ce monde me laisse, cette « persistance rétinienne » des gens croisés.
Cette persistance est liée aussi aux contraintes du sujet : le « nextage » qui fait que vous êtes « éjecté » par l autre au bout de trois secondes, et où l’indifférence, l’exhibitionnisme, l’amusement, la curiosité ou l’intérêt de votre présence avec un appareil photo dépasse rarement les deux minutes.



Olivier COULANGE